Tempo rubato

Parce que ça me chante!

La vie sans Facebook

Nous avons puni notre adolescente: puisqu’elle passait trop de temps devant l’ordinateur (à notre humble avis de parents), soit à clavarder soit à entretenir son réseau social d’amis, et qu’elle avait du mal à respecter les limites établies, la voilà privée d’ordinateur (et de ses dérivés sur IPod).  Initialement, pour 24 heures. Puis, elle s’est attiré une peine sans sursis de deux semaines, après avoir fomenté une tentative d’évasion pour laquelle elle a été prise en flagrant délit. Non encore matée, la mutine met en ligne un statut hier soir, disant: «C’est plate la vie sans Facebook». Sans doute qu’elle va me bannir de son cercle d’amis après la publication de ce billet, mais tant tant pis. Car j’en arrive à un point de saturation et je songe moi-même à retirer toute trace de mon passage sur le réseau social.

Tout a commencé au tournant de l’année. J’avais bien un compte Facebook depuis… – quoi? trois ans! – mais j’y étais très peu active. Quelques rares statuts m’avaient servi notamment à diffuser plus largement la publication d’un article ou d’un nouveau billet sur ce blogue, à annoncer un événement digne de mention ou encore à faire un appel à tous afin de trouver une source dans la recherche d’un sujet. Mais vint mon 40e anniversaire, et je fus soudainement tentée par le démon du midi. Photos de la fête à partager, histoire de la continuer un peu et de remercier celles et ceux qui y étaient. Puis je me mis à observer de plus près les interactions de mes «amis», parfois même à les commenter. «Bien!», me dis-je. Voilà une façon simple et économique de contrer l’isolement lié à ma condition de travailleuse autonome. Ma résolution pour 2011 était ainsi toute trouvée: devenir une vraie «facebookeuse»! C’est alors que mon réseau d’amis s’est mis à prendre de l’ampleur. S’y sont ajoutés anciens collègues, relations professionnelles, camarades d’université, sans oublier les amis de mes amis qui sont aussi mes amis. Un jeu de «Cherche et trouve» virtuel où l’on reprend contact le temps de répondre à une demande d’amitié. Mais comme la rose du Petit Prince, ces échanges sont bien éphémères…

Insidieusement, Facebook s’installe dans notre routine quotidienne. Comme se brosser les dents matin et soir ou donner à manger à son chien. Seulement, on s’aperçoit bien vite qu’il faut justement nourrir la bête pratiquement à la demande, car elle est gourmande! Le statut mis en ligne il y a trois heures sera vite relégué au bas de la page d’accueil de quiconque est un véritable membre actif du réseau. Car il faut se rendre à l’évidence: plus ce réseau est composé de gens intéressants, plus celui-ci exige de votre temps; et plus on a d’amis, moins on a de chances de consacrer du «temps de qualité» à chacun. C’est ainsi dans la vie, et pas autrement dans le réseau social. Comme on ne veut rien manquer, et surtout ne pas se faire oublier, on augmente la cadence. Mais la saucisse Hygrade a beau être fraîche (parce que plus de gens en mangent, c’est bien connu), on ne peut faire un régime de saucisses à hotdog sans un jour se taper une bonne crise de foie. Vient ce moment fatidique où il faut regarder la vérité en face: on est rendu à la limite de l’addiction. Alors, que faire?…

Ne reste plus qu’un choix: la modération ou la pure et simple abstinence. Mettre fin à toute tentation en s’éliminant du réseau, en disparaissant des carnets de tous et chacune. Ou revenir à l’ancien régime: ne publier que ce qui est vraiment utile pour une plus large diffusion, sans se mêler de savoir ce qui se passe dans la vie de tous nos amis, chaque jour et chaque heure qui passent. C’est une option un brin parasitaire quand on y pense (je ne veux pas savoir ce que vous avez à dire, mais au besoin, vous saurez ce que je pense) et, si tout le monde vivait sa vie Facebook comme ça, il n’y aurait plus que des messages qui passent dans le beurre, comme on dit. On s’en doute, il se fait déjà beaucoup de bruit pour rien dans nos pages, car innombrables sont les statuts qui n’attirent aucun commentaire, et inversement, les plus commentés ne sont pas toujours les plus édifiants. Et ainsi va le débat intérieur qui pourrait être sans fin devant cette bête dévoreuse de temps et d’autres sources d’énergie non renouvelable.

Peut-être en fin de compte que ma fille a raison: «La vie est plate sans Facebook». Mais comme je suis sa mère et que je me dois de prêcher par l’exemple, je vais plutôt m’efforcer de prouver le contraire. Je vais de ce clic partir à la recherche de l’onglet mystérieux (et sûrement bien caché) par lequel mon profil et mon réseau se déliteront de la toile. Je n’aurai pas tenu ma résolution 2011. Et ma vie sociale ne s’en portera que mieux, j’ose le croire.

P.S. Pour avoir des mises à jour de mes prochaines publications, abonnez-vous à ce blogue . Elles ne seront plus publiées sur Facebook.

2 Commentaires»

  marie claude wibaut wrote @

Je serai toujours contente de te lire!

  Ils vécurent heureux… « Tempo rubato wrote @

[...] Un conte de fée moderne circule ces jours-ci sur Facebook (oui, je l’avoue, j’ai réactivé mon compte). Il y est question d’une jeune femme, heureuse de ne s’être jamais [...]


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